La Chic Interview : Tarek

Tarek, vous êtes scénariste, peintre, artiste et rédacteur en chef de Paris Tonkar magazine spécialisé dans l’art urbain aujourd’hui. Ce magazine doit en fait son nom à Paris Tonkar, premier livre consacré au graffiti en France, que vous avez publié en 1991. Cette bible, ce must-have pour les collectionneurs d’art urbain et autres passionnés du hip hop 90’s est aussi recherché aujourd’hui que Subway Art de Martha Cooper et Henry Chalfant qui avait documenté en 1984 la scène new yorkaise du graffiti.

Comment est née votre passion pour le graffiti ?

Tout d’abord, je tenais à vous remercier pour cette belle présentation…

Je suis arrivé au graffiti par hasard et sans vraiment me rendre compte que c’était un phénomène déjà important aux Etats-Unis. A l’époque, j’habitais non loin de la Porte de Vanves et je me baladais souvent vers la Petite Ceinture avec des copains. J’y ai vu des graffiti et je ne savais pas ce que c’était exactement. C’est en novembre1986 à Londres où je suis en vacances que je me retrouve devant des métros peints et des stations totalement taguées… Je pratiquais un peu le dessin à l’extérieur avant cette date mais au retour de ce voyage j’ai abordé plus « sérieusement » le graffiti en sachant que c’était une pratique assez répandue à New York. J’ai ensuite acheté Subway art et Spraycan art, ce qui m’a permis d’avoir des exemples à recopier et des références.

Vous rappelez-vous de vos premières sorties nocturnes entre 1985 et 1992 (date de votre première exposition en galerie à Paris) ?

Ma première sortie date de 1985 et c’était à côté du métro Malakoff Etienne Dolet mais ce n’était pas vraiment des tags mais des dessins sur les portes de la station de métro. Mes premiers tags c’est l’année suivante derrière chez moi dans ma cité avec deux copains : la bombe était de couleur jaune fluo, autant dire que ce n’était pas très glorieux !

Cela fait quel effet de sortir sa bombe et se mettre à peindre sans autorisation, dans la rue ?

Franchement, c’est le pied ! L’adrénaline monte très vite et tu as l’impression d’être Superman dans la ville. Ensuite, avec le temps, tu gères ton adrénaline et tu deviens plus « pro ». Les souvenirs de cette période sont gravés à jamais dans ma mémoire.

Vous avez dû rencontrer plein de monde à cette époque. Pouvez-vous partager un souvenir qui vous a marqué ? Ou quelqu’un, voir un crew (NDLR : groupe communauté rassemblé de graffeurs) qui vous aurait influencé ?

J’ai rencontré la plupart des pionniers de la première heure et ceux de la seconde vague dont je fais partie. Mon souvenir le plus fort, c’est ma rencontre avec Bando qui est selon moi l’un des plus grands lettreurs de cette époque. Nous avons passé pas mal de temps ensemble et je l’ai suivi une fois à Radio Nova pour son émission de musique. Un grand moment !

Et pour en venir à votre processus créatif d’artiste urbain, avez-vous d’abord l’idée de l’œuvre ou du mur ?

C’est les deux en même temps : le mur et le sujet sont liés dans ma création dès lors qu’il s’agit de peindre à la bombe une grande surface.

En d’autres termes, est-ce le lieu ou le support qui formate l’œuvre ?

Je dirais le support car c’est une contraint qu’il est difficile de modifier… sauf pour les toiles, customs, palissades ou papier.

Aujourd’hui Chic Faktory présente vos masques africains, thème que vous traitez aussi en atelier, sur toile. Pourquoi ce thème ?

J’ai toujours été fasciné par le masque, par l’idée d’avoir un élément qui te protège des mauvaises vibrations de la société. Les super héros m’ont toujours intrigué depuis mes premières lectures et, en particulier, Batman. Lors de mon séjour au Cameroun, en 2017, invité par la galerie Kvasnevski qui me représente à Paris, j’ai peint des murs et j’ai partagé ma passion avec d’autres peintres camerounais que j’ai rencontrés au Festival d’art contemporain de Kribi. Sur place, j’ai pu faire l’acquisition de nombreux masques africains qui ont été des sources d’influence pour mon travail puis de retour en France, j’ai customisé une partie de ceux-ci et peint une grande série de toiles intitulée « Masque(s)» : deux expositions à Paris dans les galeries Philippe Gelot et Kvasnevski ont eu pour thème unique le masque. Ce fut un grand succès : des ventes nombreuses et un retour très positif des visiteurs et des partages nombreux sur les réseaux sociaux. Ce thème me tient donc à cœur depuis longtemps donc je suis content de le partager sur Chic Faktory.

Vous travaillez sur d’autres supports que la toile et le papier ?

Oui assez souvent sur des bombes et du bois. Parfois, sur du tissu, du jean ou encore des vinyles… Pour être franc, je peint sur toutes sortes de supports : j’ai customisé des meubles, des voitures, des vêtements, des objets… et j’en oublie !

Vous pouvez nous en dire plus sur vos autres disciplines artistiques et littéraires ?

Il me faudrait des heures pour tout expliquer mais je peux aller à l’essentiel en disant que je suis photographe intéressé par l’urbain, les villes, les lieux d’histoire et les personnes qui se meuvent dans la ville. Je ne suis pas un photographe de studio.

Je suis rédacteur en chez d’un magazine d’art urbain et il m’arrive assez régulièrement d’écrire pour d’autres médias. Je suis également scénariste de bande dessinée avec de nombreuses publications et un beau palmarès (rires)… J’ai écrit pour l’audiovisuel aussi… Tout cela pour dire que je suis pas mal occupé la plupart du temps et que la création fait partie de mon univers quotidien.

Vous êtes membre Jury du Prix du Graffiti et du Street art organisé par Cédric Naïmi ? En quoi consiste cet événement ?

Cédric a eu une belle idée : proposer à des artistes urbains de produire une œuvre autour d’un sujet fixé par lui. Cette année, c’est le plastique et j’ai peint la mienne mais je ne suis pas dans le concours. Mon œuvre est exposée à chaque fois avec les anciens lauréats du prix. C’est une initiative qu’il faut mettre en avant !

Vous devez avoir une belle collection depuis le temps et avec toutes vos activités ? Vous pouvez nous en parler ?

Disons que j’ai une très belle collection car j’ai commencé en 1985 la mienne et que je suis un grand amateur de belles choses depuis toujours. Le Beau, c’est la vie ! Pour le reste, je préfère rester discret dessus mais pour en dire un peu tout de même, mes créations sont influencées par tout ce que je vois, collectionne, dessine, écrit ou écoute. Il y a de nombreuses correspondances entre tous mes univers.

Que diriez-vous à celle ou celui qui souhaite acquérir une pièce de street art aujourd’hui ?

Il faut acheter une œuvre parce qu’elle nous plait et qu’elle nous parle. Et ne pas oublier de jeter un petit coup d’œil aux miennes (rires)…

*Œuvre en couverture de l’article : Sky (2020) – TAREK – 400 €
Technique mixte : crayon/encre, aquarelle et poscas sur papier
Œuvre originale – Pièce unique
40 cm x 30 cm

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